EGYPTE: Le Sinaï lance un SOS

La Terre turquoise est en danger. Délaissé sous le régime de Moubarak, le Sinaï a toujours suscité la convoitise de certains voisins qui ne dissimulent pas leur hostilité à l’égard de l’Egypte. La situation hyper délicate de la péninsule a encore empiré depuis la révolution égyptienne. Un millier de combattants terroristes (ceux à qui on attribue le nom de Djihadistes) y prolifèrent au vu et au su des autorités égyptiennes. Celles-ci renvoient sa «mollesse» en matière de sécurité au Sinaï aux accords de paix avec Israël, lesquels devant démilitariser la région au profit des Israéliens. (Par : Hanaa Khachaba)

 

Un retour en arrière s’impose. L’ancien gouverneur du Nord-Sinaï, M. Mounir Chach avait, à maintes occasions, fait des déclarations foudroyantes. Le responsable du temps de Moubarak avait dit à la lettre «Le projet national de développement du Sinaï n’est en réalité que du noir sur blanc. Les vastes superficies cultivées sur les rives du canal d’Assalam étaient juste nécessaires aux prises de vues du président déchu lors de ses ‘rares’ visites dans cette région stratégique d’Egypte».
Mounir Chach n’a pas voilé sa frustration. Et de continuer «Les Sinaïtiques avaient ressenti, et ressentent encore, une grande déception à chaque fois qu’ils prêtaient oreille aux déclarations des responsables, puis ils redécouvrirent que tous ces discours à propos d’un développement global et d’un essor proche de leur gouvernorat n’étaient en fait qu’une chimère».
La renaissance de la péninsule était certes un projet. Un projet de propagande en faveur de Moubarak. Malchanceux sont les habitants de la Terre de turquoise. Le promoteur de l’idée de la grande traversée, le président Sadate, est décédé avant que les «convois de développement» n’y arrivent. S’il (Sadate) était encore parmi nous, les Sinaïtiques auraient assisté à un paradis sur terre, c’est ainsi que pensent des politiciens.
Vide sécuritaire
On revient au témoignage de l’ancien gouverneur du Nord-Sinaï. M. Mounir Chach se demande comment un pays libère une partie de son territoire, ensuite, la jette aux oubliettes ! Négligé, délibérément privé des atouts d’un redressement économique, le Sinaï avec ses terrains spacieux demeure une terre vierge inexploitée.
Quel homme sage délaisse ces superficies d’envergure où pullulent des enjeux d’épanouissement sans les exploiter à l’optimal ? Et de renchérir, sur un ton plein d’amertume, le président Moubarak n’a abordé le développement de la péninsule dans aucun de ses discours malgré mon insistance. L’image se fonce…
L’ancien régime se désintéressait non seulement du Sinaï, mais de l’Egypte entière.
Son engouement pour l’argent et le cumul des richesses l’a tellement aveuglé qu’il a opté plutôt pour agrandir la fortune de ses quelques hommes liges, sans jamais se tourner vers la pauvre population. Pillage de biens publics, détournement de fonds, usurpation de terres…etc. la corruption était à son paroxysme.
Moubarak a induit son peuple en erreur. L’étendue de la surface du Sinaï est de 61 mille kilomètres carrés, soit 6% de la superficie de l’Egypte. C’est la terre de turquoise. Autrement dit, elle vaut son pesant d’or. Si bien exploité, le Sinaï se transformera en une aubaine irremplaçable pour les Egyptiens.
La priorité au Sinaï
Des politiciens ont beau dire que plein de régions d’Egypte exigent l’attention des autorités. La priorité va quand même au Sinaï. Pourquoi? Avant 1956, le Sinaï était une zone tampon. Tous les travaux qui s’y opéraient étaient limités au caractère militaire.
Considéré comme étant le rempart-est de l’Egypte, le Sinaï fut soumis à un isolement politique et militaire. Or, après la guerre tripartite sur l’Egypte en 1956, Israël a réussi à progresser jusqu’à la ville de Qantara-est (Port-Saïd). Un avancement périlleux qui a tiré la sonnette d’alarme pour l’Egypte : la profondeur du Sinaï n’assurait plus la sécurité escomptée, mais, bien au contraire, ce vide accablant, ce manque de vacarme, cet isolement, cet abandon, ont attisé les envies des ennemis pour s’infiltrer davantage dans cette partie chère du sol égyptien. Peut-être encore, ce vide évident était-il à l’origine de la défaite de 1967.
Politiques molles
Cette ‘timidité’ manifestée par les autorités égyptiennes dans le traitement du dossier de développement du Sinaï trouve son motif, dit-on, aux efforts des régimes successifs à ‘flatter’ les ennemis pour éviter qu’ils nous tancent… «C’est absurde et insensé», s’emporte l’ancien gouverneur du Nord-Sinaï. Les accords de Camp David ne comportent rien empêchant la reconstruction de la péninsule. La preuve : M. Mounir Chach, sous son mandat, a bien aménagé le Sinaï de sorte à en faire une ville vivable où les habitants peuvent obtenir des services de base. «J’ai augmenté le nombre des écoles de 29 à 440, la seule centrale thermique qui alimentait en électricité la ville a été modernisée et sa capacité poussée de moins d’un mégawatt à 143 mégawatts. L’agriculture a pris un élan.
La superficie des terres cultivées a grimpé de 9 mille à 300 mille feddans. Le service de santé, le réseau des routes, et les télécommunications ont été tous améliorés, sans entrave», a-t-il dit, affirmant cependant que tout projet de grande portée était enfermé dans les tiroirs du gouvernement !
Avertissement de Fadl
L’écraivain-journaliste, Bilal Fadl avait raison d’appeler le président Mohamed Morsi à briser les tabous en fouillant dans ‘les boîtes noires’ de l’ancien gouverneur du Sinaï, M. Mounir Chach et de l’ancien ministre de l’Habitat, M. Hassaballah Al Kafraoui, suite à l’attaque sanglante ayant visé, dimanche dernier, un poste frontalier du village Al Horeyye, près du terminal Karm Abou Salem, ce qui a coûté la vie à 16 gardes-frontières égyptiens et blessé  7 autres. Fadl a twitté «Celui qui méconnait son passé ne pourrait assurément pas construire son avenir.
Si vous voulez, ouvrez les dossiers des crimes de Moubarak au Sinaï, la fabrication du fanatisme religieux pour relever les défis de l’avenir».
Le grand écrivain a de même appelé le président de la République ainsi que les institutions de l’Etat à se référer aux témoignages de Mounir Chach et de Hassaballah Al Kafraoui pour réaliser le volume des crimes commis à l’encontre des Sinaïtiques lorsque le président Moubarak refusa catégoriquement le développement global du Sinaï, dans tous les domaines, et s’intéressa- à la défaveur des habitants, à la seule construction  des centres de villégiature.
Vivre dans l’insécurité
Abou Mahmoud regarde le soleil disparaître derrière les dunes du Nord-Sinaï en Egypte. Ancien propriétaire de tunnels entre l’Égypte et Gaza, trafiquant repenti, arrêté et torturé par la sécurité d’État, la police politique de Moubarak, ce Bédouin influent de la puissante tribu Sawarqa ne cache pas son inquiétude. «Avant la révolution, l’injustice régnait, mais il y avait la sécurité. Aujourd’hui, nous sommes libres, mais dans l’insécurité.»
Quiconque met les pieds au Sinaï a le sentiment que la situation échappe à tout contrôle. On ne compte plus les barrages routiers qui bloquent les activités des entreprises pétrolières et la circulation des touristes.
Fin janvier, 25 travailleurs chinois ont été enlevés durant quelques heures près d’Al-Ariche, la grande ville du Nord-Sinaï. Depuis des touristes américaines, coréennes et brésiliennes ont connu le même sort près du monastère Sainte-Catherine, dans les montagnes de la péninsule. Ces troubles, y compris les explosions répétitives du gazoduc alimentant Israël, sont largement imputés aux Bédouins, qui manifestent leur ras-le-bol face à une politique de discrimination de la part du pouvoir central.
Délaissés sous le régime de Moubarak, ils estiment que les promesses engagées par les militaires pour développer la péninsule n’ont pas été honorées. «Ici, on récupère les plus mauvais professeurs et médecins du pays. C’est une punition administrative que d’être envoyé dans le Nord-Sinaï», s’agacent-ils.
Pourvu qu’à l’ère du président Morsi, le Sinaï se situe proprement sur la carte de l’Egypte et que ses habitants soient traités en citoyens à part entière.

 

Le Sinaï lance un SOS

 

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