EGYPTE: “Guerre souterraine” au Sinaï

Constituant une onde de choc, l’attaque perpétrée, dimanche dernier, contre 16 gardes-frontières, a été la goutte qui a fait déborder le vase.  Par Névine Ahmed

 

La guerre est désormais déclarée à un monde souterrain, qui, au fil des années, est devenu une source lucrative de revenu. Le blocage des tunnels, creusés sous les frontières entre l’Egypte et la bande de Gaza, constitue pour d’aucuns «un désastre complet» puisque signifiant un arrêt d’un commerce complet. Ces tunnels commençant sous une maison, et finissant sous une autre de l’autre côté, constituent un nouveau système pour l’économie et le commerce. Des opérations de vente ou d’achat et même de trafic d’armes y ont lieu. Ce colmatage, dans la foulée, interrompt de fructueuses activités véhiculées par ce biais, depuis le début du blocus de l’enclave de Gaza, imposé par Israël depuis 2006. Entre un commerce très fructueux du même coup qu’extrêmement dangereux, un argent facile, mais une peur de la police, tout un monde souterrain, où les tunnels n’ont plus de beaux jours devant eux…
A pénétrer Rafah, on dirait un village «fantôme». Point d’embouteillages piégeant voitures et passants.
Les seules personnes qu’on croise, ne sont que des jeunes sur des motos ou des vieux à dos d’âne. Des deux côtés des rues, les habitants ont bâti de hauts murs, pour empêcher les passants de voir leurs jardins.
Derrière chaque parois, l’entrée d’un tunnel clandestin. Les familles de Rafah, pour la plupart, ont transformé leur potager en chantier de contrebande.
Les tunnels ont transformé la vie de ces habitants.
Ils se présentent donc comme le seul gagne-pain dans une région désertique, où les usines et les entreprises qui recrutent sont une rareté. Mais depuis que les habitants de Rafah ont commencé à travailler dans le business des tunnels, ils vivent cachés.
Manne financière du trafic
Tout comme les demeures ou les terrains, ces tunnels ont aussi des propriétaires. Tout y passe. Marchandises, produits alimentaires et même des matériaux de construction.
Ces propriétaires se plaignent d’être assiégés et menacés d’étranglement, puisque ce commerce illicite mais bien lucratif cessera, et Israël s’en réjouira.
Ayant conscience de la manne financière que représente le trafic, pour les habitants de cette zone, c’est un choc énorme. Bien que se déclarant vouloir appuyer les mesures de sécurité prises, ils réclament une réouverture des tunnels, mais sous contrôle.
On paie, tout passe
Tant qu’on paye, tout peut se faire passer dans les tunnels du Sinaï, et l’aide donc apportée à Gaza, n’est pas forcément idéologique.
Le propriétaire du tunnel est intronisé «roi», alors que le superviseur sur le mouvement du commerce est baptisé «prince». Plus de 150 tunnels sur les frontières, ont transformé des familles d’une pauvreté âpre vers une vie pleine d’aisance, née de la contrebande et de l’exploitation, loin de l’intérêt de la nation et de la sécurité nationale.
Pâli par un retard économique, le Sinaï est un terrain fertile pour la contrebande. Les économistes estiment à, peut-être, un demi-milliard de dollars, par an, le montant du chiffre d’affaires des tunnels. Ils pensent que la fermeture de ces tunnels aurait un effet dévastateur pour les habitants de Gaza, puisque ce secteur s’est habitué à utiliser les tunnels comme point de passage permanent et tous les secteurs d’activité en dépendent.
Renforcement de la sécurité
Le carburant passe aussi tous les jours par là, et tout retard dans les fournitures à Gaza, ne peut qu’aggraver la crise de l’électricité et provoquer l’arrêt des boulangeries, des usines et des transports dans le secteur.
Les habitants de Gaza confirment que le prix du litre d’essence ou de gazole, s’élève à 5 L.E. Ces prix se sont dernièrement envolés, suite à la restriction des mesures de sécurité sur le commerce des tunnels du côté égyptien.
L’expert stratégique, le général Sameh Seif Al-Yazal, également président du Centre d’Al-Gomhouriya d’études politiques et sécuritaires, a révélé pour le Progrès Egyptien, que plus d’un demi million de litres d’essence et de gazole est transféré, mensuellement à Gaza, à travers la contrebande, sans compter les quantités saisies par les forces de sécurité.
«Pour y remédier, rien ne se substituerait à une forte présence sécuritaire dans la péninsule et l’intensification des embuscades dans les régions désertiques et lointaines, où se réfugient toujours les trafiquants, et par où ils passent vers les tunnels», révèle le général Seif Al-Yazal.
Jamais investir à long terme
Plusieurs moyens sont adoptés pour la contrebande du fioul, entre autres, les grands bidons remplis de fuel et qu’on transporte à travers des camions. Ces derniers adoptent des détours et des routes désertiques inconnues pour tous ceux qui ne sont pas de la région, et ainsi arrivent-ils aux tunnels.
Parfois également, les contrebandiers, loin des tunnels se contentent de faire une fosse, à travers laquelle ils étendent un tuyau ou une trompe, dans laquelle ils déversent le fioul, alors que de l’autre côté, à Gaza, on utilise un moteur pour prélever et retirer l’essence.
Profitant du chaos général, le trafic d’armes a également augmenté, à travers ces souterrains clandestins, dont la profondeur s’élève parfois à 6 mètres. Les trafiquants ne pensaient jamais  investir à long terme, ou se servir de l’argent gagné, pour la construction d’une usine ou d’un commerce légal.
Il existe également un décalage entre les familles qui participent à ce trafic et celles qui s’y refusent. Alors que certains s’enrichissent d’autres restent pauvres.
Création d’une zone franche
Avec l’attaque déchaînée actuellement, il est à noter que ce n’est pas la première fois qu’on met autant d’ardeur à dérouiller les bandits du Sinaï et à envahir les tunnels. Toutefois, cette fois-ci l’opération prend de l’ampleur pour la destruction de ce «monde souterrain», dont les histoires sont infinies.
Tout y est permis, et point de perdant dans ce système, que la sécurité nationale de l’Egypte. Le Premier ministre palestinien du gouvernement limogé de Hamas, Ismaïl Hanéya, avait déclaré au cours d’une conférence de presse, que le règlement de la question des tunnels avait été examiné avec la partie égyptienne, et qu’une zone franche de libre commerce serait créée dans cette région frontalière, entre Gaza et l’Egypte.
M. Hanéya a fait savoir que de sérieuses étapes avaient été franchies dans ce sens, notamment du côté égyptien, au moment où le ministre égyptien de l’Economie possède des documents et des dossiers portant sur ce plan et dévoilant une vision prospective prometteuse.
La loi des «Rois»
Les rois des tunnels n’appartiennent pas à une frange sociale spéciale, mais justement ceux qui possèdent les dollars, sont ceux qui dominent.
Les experts stratégiques expliquent encore que ce n’est pas forcément celui qui possède l’argent  qui devient roi, puisqu’il existe un système que cette communauté souterraine surnomme «le système de charité ou de bien».
Ce système constitue dans la contribution au creusement gratuit du tunnel, et juste avec le début des opérations de contrebande, ceux qui avaient travaillé gratuitement, deviennent partenaires de la propriété, et ces taux de bénéfices sont calculés d’avance par le propriétaire original du tunnel. Ces informations ont été confirmées par les contrebandiers après leur arrestation. Les experts révèlent qu’il n’existe pas un recensement précis du nombre des rois des tunnels, mais qu’on pourrait parler de près de 2000.
Mais ce commerce ne s’arrête pas à ce stade, il a malheureusement dégénéré en opérations de vols d’environ 13 000 voitures qui avaient été volées en sEgypte et acheminées à Gaza. Ces tunnels ont également permis l’entrée clandestine de plusieurs terroristes, qui ont créé des bastions dans la péninsule sinaïtique, et constitué une menace directe contre la stabilité et la sécurité du pays.

 

“Guerre souterraine” au Sinaï

 

Lascia un commento

Inserisci i tuoi dati qui sotto o clicca su un'icona per effettuare l'accesso:

Logo WordPress.com

Stai commentando usando il tuo account WordPress.com. Chiudi sessione / Modifica )

Foto Twitter

Stai commentando usando il tuo account Twitter. Chiudi sessione / Modifica )

Foto di Facebook

Stai commentando usando il tuo account Facebook. Chiudi sessione / Modifica )

Google+ photo

Stai commentando usando il tuo account Google+. Chiudi sessione / Modifica )

Connessione a %s...