L’histoire de l’esclavage

For-Mauritania, Kassataya et Taqadoumy ont le plaisir de vous livrer la seconde partie des réflexions de M. Mohamed Ould Elmoktar Echeinguity sur l’esclavage en terre d’islam. Comme dans le précédant texte, l’auteur y prend des positions courageuses qui, à défaut de faire l’unanimité, contribuent à alimenter le débat grâce surtout à la qualité de l’argumentation et à la variété des sources et des références. Dans le texte qui suit, Mohamed Ould Elmoktar Echeinguity qui jouit d’une grande notoriété dans le monde arabo-musulman, met l’accent sur l’apport de grands penseurs musulmans sur la pratique de l’esclavage.

 

L’histoire de l’esclavage dans les manuels malikites/ par Mohamed Ould Elmoktar Echeinguity (Partie II)

Nous avons vu, dans l’article précédent, le manque de consistance des fondements juridiques de la perpétuation de l’esclavage dans les sociétés musulmanes contemporaines et dans quelle mesure ces fondements tenaient au contournement de la procédure édictée par le Coran pour éradiquer cette pratique en mettant entre les mains de l’esclave la clé de son propre affranchissement (la Moukataba ou « contrat d’affranchissement »). Nous avons également décrit, dans ce même article, la duplicité du discours jurisprudentiel des Uléma quant au droit humain le plus sacré à savoir celui à la vie.

L’article précédent était juste un préambule théorique et général. La situation propre à la Mauritanie est encore plus horrible et dramatique si on la situe du point de vue spatial et temporel. L’esclavage en Mauritanie est une aberration incompréhensible même du point de vue de la jurisprudence musulmane. Il s’agit de la mise en esclavage de Musulmans par d’autres Musulmans, ce qui est strictement et expressément prohibé car le sang d’un Musulman, ses biens et sa dignité sont des sanctuaires auxquels aucun autre Musulman n’a le droit d’intenter. C’est, sans doute, le sens du Hadith sacré du Prophète (PSL) quand il disait : « Allah a dit : ils sont trois dont je serai l’adversaire le jour du Jugement : celui qui se parjure après avoir invoqué Mon nom ; celui qui vend un homme libre et consomme le fruit de cette vente et celui qui loue les services d’une personne et ne lui verse pas son dû » [1]. C’est ce que nous essayerons d’expliquer dans le présent article.

(…)

Premièrement : les peuples du Soudan (Afrique de l’Ouest pour les Maghrebins) sont profondément et depuis longtemps musulmans ; leur mise en esclavage de la part de leurs frères coreligionnaires est une ignominie. En naciri écrit : « de ce que nous t’avons relaté de l’histoire du Soudan, il t’apparait que les habitants de ce pays sont attachés à l’Islam depuis des lustres ; les plus pieux parmi les nations, les plus droits, les plus érudits et les plus attachés à l’amour de leurs proches. Ces qualités sont très répandues dans la plupart de leurs royaumes, comme tu le sais. Il t’apparait donc l’ignominie et la cruauté de la pratique très répandue et très ancienne au Maghreb de mettre les Soudanais en esclavage et de les importer tous les ans, tel du cheptel, pour les vendre dans les villes et les campagnes et les négocier comme on négocie des bêtes ou pire ». Et plus loin : « Les Soudanais sont des musulmans. Nous leur devons ce que nous nous devons à nous-mêmes. A supposer qu’il y en ait des mécréants ou adeptes d’autres religions ce ne peut être la majorité ; or c’est la majorité qui importe. Et même si nous supposons qu’ils étaient à égalité musulmans et mécréants, comment pouvons-nous être sûrs que le « cheptel importé » ne comporte que des mécréants  et qu’il n’y avait pas parmi eux des Musulmans ? » [5].

Deuxièmement : La transformation de la question de l’esclavage en Afrique de l’Ouest en une question raciale est d’une extrême gravité et d’une injustice sans nom. Toujours En naciri : « les gens ont entériné ce fait puis plusieurs générations plus tard, le commun des mortels a commencé à penser que la justification de l’esclavage tient en la couleur noire de la peau et à l’origine géographique de « l’importation » initiale. Or il s’agit là des pêchés les plus mortels et des abominations les plus décriées du point de vue de la religion » [6]. En naciri avait particulièrement bien cerné le problème surtout quand on connaît le formidable brassage des origines et le profond métissage que connut la civilisation musulmane et qui la distinguait de toutes les autres. Au moment où certaines cultures méprisaient certaines catégories d’humains pour des raisons liées à la couleur de la peau ou aux traits de morphologie faciale, les savants et poètes arabes chantaient les louanges des Noirs. Voici, par exemple, El Jahedh, dans son mémoire intitulé « Suprématie des Soudane sur les Bidane », qui exalte les qualités des Noirs et glorifie les personnages musulmans de couleur. El Jahedh conclut :   «  Il n’y a pas sur Terre de nation plus généreuse que les Noirs… Ils sont forts et courageux… Le Noir, en plus de la politesse, est profondément bon, souriant et crédule. » [7]. Mais El Jahedh ne s’arrêtera pas là. Il fit l’éloge de la couleur de peau des Noirs, en général : « Il n’y pas de couleur plus pure, plus belle et plus authentique que la couleur noire » [8]. Sur les pas d’El Jahedh, voici El Jowzy qui, dans son ouvrage traitant des Noirs et des Abyssins et dont le titre pourrait se traduire en « Eclairer les crétins sur les Noirs et les Abyssins » [9], montre que le complexe de suprématie raciale était absent de la culture arabe. El Jowzy décrira dans son ouvrage toutes les qualités possibles et imaginables qu’il attribuait aux Noirs. Il consacra le préambule de son livre à la correspondance qu’entretenait le Prophète (PSL) avec le Négus et l’histoire de l’émigration des premiers Musulmans vers l’Abyssinie (actuelle Ethiopie, ndlr). El Jowzy fut particulièrement prolixe dans sa description des savants noirs et notamment de leur intelligence, de leur vivacité d’esprit et de leur bonté. Il fit l’éloge de l’application et de la piété de leurs ascètes, hommes et femmes et leur consacra un tome complet de son ouvrage.

Troisièmement : A l’ origine fut la liberté…

Lire la suite sur Kassataya, “L’histoire de l’esclavage dans les manuels malikites”

 

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