SENEGAL: Le fanatisme excessif des confréries

Les confréries ont été jusqu’ici des outils précieux de régulation sociale. Elles ont aidé grandement à l’expansion d’un Islam tolérant, ouvert au dialogue avec les autres communautés religieuses et croyances du pays. Cependant, elles font le lit depuis quelque temps d’un fanatisme excessif conduisant à des comportements qui agressent la cohésion nationale et qui risquent de saper les fondements de l’Etat laïc et démocratique. Un phénomène sociétal qui interpelle.  Nous nous sommes rapprochés du professeur de Psychologie Serigne Mor Mbaye sur la question.

 

Professeur, on assiste de plus en plus à un fanatisme religieux. Comment pouvez-vous expliquer ce phénomène notamment chez les jeunes ?

Je tiens avant toute chose, à rectifier un point important. Appelons le chat par son nom: il ne s’agit de pas de confréries mais de sectes, avec des gourous au sommet qui manipule la base, essentiellement composée de jeunes.
Les sectes recrutent les jeunes fragiles, déstabilisés et en quête de repères. Un groupe de jeunes qui, la crise sociale aidant, est en quête de valeur et d’identité. Ils sont dans l’errance, et quand on est dans l’errance, tout peut nous captiver, surtout les sectes.
Et c’est en général au seuil de l’âge adulte, pendant la crise d’adolescence, que ces jeunes gens adhèrent aux sectes. La santé mentale des jeunes de la société sénégalaise étant gravement affectée par cette quête d’identité, ouvre une brèche aux gourous qui en profitent pour les abuser.
Fragilisés, déséquilibrés, les jeunes sont en effet, pour la plupart, complètement déstabilisés par une vie où les perceptives de réussite sociale sont très réduite. Ils n’ont d’autres choix que de suivre une masse, une secte qui les contient et les promet monts et merveilles ici bas et dans l’au-delà.

 

La pauvreté et l’ignorance sont donc les causes immédiates de cette migration des jeunes vers les sectes?

C’est surtout une crise identitaire, engendrée oui, par la pauvreté et l’ignorance, qui motive la migration de ces jeunes. Ces derniers sont plein de potentiels et de générosité mais sont facilement détournés par les gourous des sectes parce qu’étant en perte de repère. Ils vivent dans un pays où l’Etat ne peut pas les satisfaire.
C’est la même population qui prend les bateaux clandestinement qui entre dans les sectes. Et rien ne différencie un jeune qui prend la mer pour l’occident d’un jeune qui entre dans une secte. Les deux entreprises sont suicidaires.
Entendez par là que dans les deux cas, à cause du fait que ces jeunes vivent dans un climat précaire, il y a un renoncement à soi. Dans les deux cas, ils vont à l’aventure en risquant leur vie, parce que complètement déboussolés.
Ce phénomène de groupe et de masse, qui ne contient d’ailleurs aucun plan culturel et fini par devenir un magma informe, rassure néanmoins les jeunes qui y adhèrent, parce que cela leur procure le sentiment d’avoir trouvé un but dans la vie.
Et de fil en aiguille, les jeunes finissent par vénérer leurs gourous qui les exploitent physiquement et économiquement mais sans que cela ne représente le moindre problème pour ces jeunes. En effet, ces derniers subissent un lavage de cerveau qui les rend disponibles et manipulables comme des marionnettes.

 

Quelles conséquences cela pourrait avoir sur la société?

On ne peut pas construire une société avec des individus instables, qui ont plein d’incertitudes. Quand les jeunes, principale ressource humaine du pays, se ruent tous vers les sectes, cela perturbe l’ordre public, le développement économique et même le tourisme en est affecté. Remarquez qu’aucun touriste ne veut venir au Sénégal quand il sait d’avance qu’il y croisera ces grands rassemblements humains, ces jeunes gens désœuvrés qui les assaillent et les embêtent, sans cesse dans les rues. Le constat que l’on fait, est qu’il y a le bruit et le désordre partout, que ce soit dans les institutions familiales que dans les républicaines. Et dans ces sectes, les gourous tiennent un discours anti-social, anti-républicain qui débouche sur une pagaille. On peut barrer les routes, agresser des gens, chanter jusqu’au matin, tout cela pour exprimer son identité en toute impunité.

 

Quelle est la responsabilité de l’Etat et des parents dans ce phénomène ?

La responsabilité revient d’abord à l’Etat, qui n’a pas su organiser la société. Il se dispute cette importante ressource humaine avec les sectes. Chacun veut prendre la plus grosse part dans le marché. Nos politiques sont atteintes de sida mental dont on n’a pas encore trouvé le préservatif. L’Etat a construit une société en délaissant les jeunes, en les regardant se laisser captiver par les sectes, parce qu’il se dit que ces jeunes deviendront une clientèle politique, tôt ou tard.
Les valeurs sociales ont basculé dans un désordre indescriptible. La famille est complètement disloquée, du fait que le père est cette secte-ci, la mère est dans une autre et les enfants également dans tout autre chose. Il faut à ce niveau que les parents soient psychologiquement suivis pour remplir au mieux leur rôle dans la famille.
Il faudrait un «ndeup» (thérapie) national, pour régler la déstabilisation mentale des populations.

 

«Nous avons des sectes avec des gourous au sommet»

 

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