Ould Abdel Aziz: “n’est esclave que celui qui veut l’être”

En marge d’une visite à Paris pour assister à la remise du prix Houphouët-Boigny pour la paix (UNESCO) ce 14 septembre 2011, le président Mohamed Ould Abdel Aziz a bien voulu répondre aux questions de Abdoulaye Diagana et Mariam Mint Baba pour kassataya (cliquer sur le lien pour l’interview audio). Lire la retranscription de l’entretien.

 

KASSATAYA – Monsieur le Président de la République, Mohamed ould Abdel Aziz, merci d’accorder cet entretien à Kassataya.com, Kassataya qui est suivie dans 127 pays à travers le monde, la France qui arrive en première position, les Etats Unis en seconde et, à notre grand désespoir, la Mauritanie en troisième position seulement. Mais bientôt, nous espérons avoir la Mauritanie en première position parce que, en premier lieu, notre média s’adresse d’abord aux mauritaniens.

Alors, les Mauritaniens de l’étranger ont quelques revendications : fermeture du consulat, exigence de titres de séjour pour l’inscription sur les listes électorales, frais de visa élevés pour les mauritaniens naturalisés, impossibilité de se faire enrôler…Quelles sont les mesures que vous entendez prendre pour les rassurer Monsieur le Président ?

Mohamed ould Abdel Aziz – Merci. D’abord je vous félicite pour le travail que vous faites, pour l’existence de cette radio. Parce que je trouve quand même que c’est un effort extrêmement important fait par des mauritaniens. Pour ce qui est de tous les malheurs que vous venez de citer, parce que vraiment vous avez répertorié plusieurs points : je suis le Président de ce pays, je suis le Président de tous les mauritaniens et je suis le Président des plus démunis et des plus pauvres parmi eux. Donc, tout ce qui peut alléger les souffrances des mauritaniens je le prends pour moi et je suis prêt à le faire.
Mais, pour revenir un peu à cette situation d’enrôlement pour les mauritaniens qui sont à l’étranger vous savez, en 1998, il a été décidé de faire un état civil qui a couté excessivement cher à la Mauritanie , 1 fois et demi ou 1,8 fois le prix de l’actuel système qui est beaucoup plus fiable, beaucoup plus secure et qui est beaucoup plus important et beaucoup plus pérenne que l’ancien et moins cher. Mais, malheureusement, le travail n’avait pas été bien fait. Donc, nous avons décidé de faire un enrôlement. Mais cet enrôlement il est d’abord -et là j’explique- nous avons peut être eu de la mauvaise communication là-dessus ou bien, peut être, il y a eu des personnes, et il y en a, malintentionnées qui ont transformé la réalité des choses.

De quel côté?

Je parle de mauritaniens.

Des agents qui recensent par exemple qui ont mal compris ?
Non, non! Des personnes qui cherchent à se faire enrôler. Ou, même, des personnes qui ne se sont jamais présentées d’ailleurs mais qui, pour des raisons autres, peut-être même politiques, ou pour nuire…

(…)

Dans votre intervention télévisée du 5 mai vous aviez dit qu’il n’y avait pas d’esclavage en Mauritanie. Alors c’est quoi toutes ces manifestations de mauritaniens qui dénoncent ce problème?
Ecoutez. Moi, à ma connaissance, il n’y a pas d’esclavage. N’est esclave que celui qui veut l’être. C’est simple. On parle d’esclavage un peu partout. On parle de discrimination, on parle de castes en Mauritanie, mais celui qui veut l’être ça vient de lui. La loi ne protège pas les esclavagistes et ne peut pas protéger les esclavagistes. C’est clair.

On continue à parler de l’esclavage. Dans tous les cas qu’on a essayé de sortir, il se trouve qu’il existe une parfaite symbiose entre les mauritaniens et qu’il y a des familles qui confient leurs enfants à d’autres familles et qu’il y a des situations peut être, qui nous ont précédés nous tous, et qui nous subissons actuellement.

Que la loi réprime aujourd’hui
Que la loi réprime. Mais vous savez, par exemple, qu’il y avait de l’esclavage il y a de cela un siècle, un demi siècle, dans les décennies passées peut-être. Et ce, de toutes les façons, dans toutes les régions de la Mauritanie. Et, vous savez, ces familles, maintenant, même après l’affranchissement, sont restées très liées. Et, parfois, on essaie de faire passer des enfants de tel ou tel comme esclaves parce qu’ils vivent avec les anciens maîtres de leurs grands pères. Ils vivent ensemble. Mais ça c’est essayer de casser un peu cette situation. Essayer de casser ces liens affectionnels entre les mauritaniens n’est pas une bonne chose.

Mais en tout cas je vous dis qu’en Mauritanie n’est esclave que celui qui veut l’être.

Parfois on prend des mineurs pour nous les présenter comme des esclaves. Ce sont des histoires tout ça. Il y a des familles qui ne peuvent pas, il y a des enfants, ici, dont les grands pères, malheureusement étaient esclaves. C’est la faute à qui s’ils se retrouvent avec les familles de leurs anciens maîtres ? C’est du n’importe quoi. Je crois qu’il n’est pas bien de séparer ces familles tant que ce n’est pas de l’esclavage avéré et prouvé. Ce qui n’est pas du tout évident.

Kassataya a interviewé hier le chef de file de l’opposition Monsieur Ahmed ould Daddah qui estime qu’il ne va pas participer au dialogue politique qui s’ouvre samedi prochain. Est ce que vous ne regrettez pas que quelque chose manque à un consensus pour essayer de faire avancer toute la classe politique à peu près dans la même direction?

Si nous avons attendu jusqu’à ces jours-ci c’est parce que nous tenons, et nous continuons à tenir, à la présence de tous.

Vous allez continuer?

Nous allons continuer. Et nous regrettons l’absence de ces partis politiques. Nous allons continuer et nous allons faire les démarches nécessaires, au besoin, et nous sommes toujours dans l’espoir qu’ils reviendront à la raison. Parce que ce dialogue concerne tous les mauritaniens. Ce n’est pas le dialogue avec le Président. C’est le dialogue de l’ensemble des mauritaniens pour voir ce qu’ils veulent de leur pays, comment ils le veulent. On débattra de tous les points, de tous les points et, en plus de cela aussi, il n’y aura pas de tabous. Ce qui nous intéresse le plus c’est le processus électoral, les élections, notre système éducatif qui ne répond pas du tout aux besoins de la Mauritanie, le système sanitaire qui est défectueux, le chômage, la lutte contre la pauvreté… Tous ces problèmes peuvent être débattus pour, qu’ensemble, on puisse leur trouver des solutions adéquates qui vont, d’ailleurs, profiter à tous les mauritaniens qu’ils soient opposants ou bien dans la majorité présidentielle, qu’ils soient des ONG ne s’intéressant pas à la politique.

Une dernière question : la libéralisation des ondes. Elle représente quoi pour vous? Pourquoi ne l’avez vous lancée maintenant et est-ce que, réellement, les radios et télévisions vont émettre avant 2012?

Bon, je ne peux pas vous dire qu’elles vont émettre avant 2012, parce que ce n’est pas l’Etat qui va investir. Ce sont elles mêmes qui vont investir.

Les autorisations vont être données avant 2012?

On est prêt. Il y a des formalités à remplir, il y a une réglementation. Ca se situe au niveau de la Hapa. Une fois les conditions remplies elles pourront émettre quand elles le voudront.

C’est une option, une décision que nous avons prise. Je crois que nous ne pouvons pas rester en marge du monde.

Pour qu’un pays soit démocratique il faut qu’il y ait un minimum de libertés. On ne peut pas quand même dire que nous sommes démocratiques et n’avoir qu’une seule radio d’Etat, une seule télévision d’Etat.

Monsieur le Président, sur la question des inégalités sociales et de l’esclavage, peut-on se contenter d’une loi et faire l’économie d’une politique plus volontariste axée sur les aménagements économiques et sociaux?

C’est exactement ce que nous sommes en train de faire. En tout cas cette question ce n’est pas moi qui l’ait avancée mais c’est une question que j’aurais bien souhaité entendre.

Nous avons ciblé les régions où il y a le plus d’inégalités, où il y a le plus de souffrances chez les populations. Nous avons trouvé que c’était ce que nous appelions dans le temps « le triangle de la pauvreté ». Et là, nous avons commencé à engager la construction des routes. C’est la région entre Kiffa, Barkéol et M’Bout. C’est une région assez peuplée, par des gens très vulnérables, très pauvres : il n’y avait ni eau, ni électricité, ni routes.

Nous avons donc commencé par ça. Nous avons des projets de routes qui ont commencé déjà. Nous allons relier Barkéol par deux routes : par Monguel et par M’Bout, pour permettre l’accessibilité.

Et puis nous sommes en train de fournir l’eau à ces populations par une canalisation qui va remonter de Foum Gleïta et qui va alimenter toute la zone. Ca c’est pour l’eau.

Nous sommes en train de créer un regroupement, deux projets de regroupements même, dont l’un a déjà commencé à… Borat.

Nous avons commencé, pratiquement, à construire une infrastructure de base, école, santé… un grand centre de regroupement. Pour l’électricité, nous avons un projet d’une centrale de 5 Méga, centrale solaire, dont l’étude a déjà été faite et qui est en cours.

Toutes ces actions vont présider au développement de ces populations où il y a le plus de concentration de pauvres.

Au niveau de Nouakchott, qui est une très grande ville aussi, nous avons restructuré l’ensemble des quartiers populaires. Et ça on l’a fait à Nouadhibou où c’est une réussite car il n’y a plus de bidonvilles à Nouadhibou. Nous sommes en train de le compléter, de l’achever à Nouakchott.

Nous combattons cette inégalité qui ne touche pas seulement ces couches de la population, il y aussi une discrimination même vis-à-vis des femmes. Vous savez, l’autre jour, on a fait un concours il y avait 250 admis et il n’y avait que 10 femmes ou 11 femmes.

Quand j’ai vu les résultats j’ai dit au Ministre et au directeur d’écoles en charge de ce dossier de faire des recrutements propres aux femmes, afin de permettre de recruter 50 femmes. Là aussi ce sont des inégalités que nous sommes en train de corriger. Ce qui fait que nous aurons plus de 30% de cadres femmes qui vont sortir dans 3 ans.

Les problèmes du pays sont nombreux, énormes. Je pense que c’est le cumul de 50 ans de mauvaise vision, de mauvaise gestion du pays, de tout ça.

Monsieur le Président, une bonne gestion ne commence t’elle pas par une bonne communication face aux tabous de l’esclavage?

C’est vrai. Une bonne communication, quand elle peut se faire, il faut la faire. Vous savez, ce n’est pas souvent facile. Pour plusieurs raisons. D’abord, l’infrastructure ne s’y prête pas et puis il y a aussi ce monopole qui faisait que même les mauritaniens, étant donné qu’il n’y a que la télévision nationale et la radio nationale, ne sont pas souvent à l’écoute. Ils préfèrent écouter d’autres chaines.

Maintenant, avec l’ouverture, la libéralisation des ondes et de l’audiovisuel, la communication pourra prendre une grande place dans leurs activités.

Mais il faudrait aussi qu’il y ait une communication mais une communication saine, parce qu’il y a un très grand écart entre ce qui se dit, ce qui s’écrit et la réalité.

Ca, c’est vérifiable. Quand vous voyez les sites, malheureusement, et que vous voyez ce qui s’écrit sur les sites, vous allez vous imaginer que la Mauritanie ne va pas exister au delà d’une année, que les mauritaniens sont en train de s’entretuer, alors qu’il n’en est rien du tout.

(…)

Abdoulaye DIAGANA et Mariem mint BABA

Lire l’interview intégrale, Ould Abdel Aziz sur KASSATAYA: “n’est esclave que celui qui veut l’être”

 

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