TUNISIE: Le 23 octobre et après ?

Pour un grand nombre de Tunisiens, la date du 23 Octobre 2011 sera gravée dans l’Histoire pour avoir été le jour  des premières élections libres au même titre que le 20 mars 1956, date de l’Indépendance. Le peuple a attendu plus de 60 ans pour exercer un droit légitime qui était théoriquement garanti par la Constitution. Cela n’a pas été possible ni du temps de Bourguiba qui a instauré un régime despotique et la présidence à vie, ni sous Ben Ali qui s’est évertué à organiser des parodies d’élection, ce qui n’a pas manqué de jeter le discrédit sur son régime et sur la Tunisie qui a été placée au ban des nations civilisées. Grâce à la Révolution du 14 Janvier, les Tunisiens ont retrouvé leur dignité et leur fierté. Ils se sont déplacés en grand nombre pour affirmer leur citoyenneté. Sous le regard admiratif du monde entier, la Tunisie qui a été à l’origine du Printemps arabe a pris sa place dans le concert des pays démocratiques et prouvé qu’être un pays arabo-musulman ne constituait pas une tare  originelle pour mériter  la démocratie. Yes we can ! Les Tunisiens viennent de le prouver.

 

Les urnes ont livré leur secret.  C’est le parti islamo-conservateur d’Ennahdha qui est sorti grand vainqueur du scrutin. Cela ne constitue nullement une surprise quoique le score obtenu ait été au delà des espérances mêmes de ses supporters les plus fervents. Par contre, les résultats obtenus par le CPR de M. Moncef Marzouki et surtout la percée du parti de M. Hechmi Hamdi  «El Aridha» (Pétition populaire) et notamment à Sidi Bouzid où elle a frôlé  les 90 % dans certains bureaux de vote ont surpris tous les observateurs et ont fini par discréditer tous les sondages pré-électoraux. Nous essayerons d’avancer des explications plausibles dans le cadre du dossier que Réalités consacre à l’événement, Aussi bien pour ceux qui ont été les bénéficiaires du scrutin, que pour ceux qui ont été sanctionnés et notamment le PDP qui a été le grand perdant même s’il a réagi avec beaucoup de fair-play, en félicitant les vainqueurs et en se positionnant d’ores et déjà dans l’opposition. Incontestablement c’est la démocratie qui est le grand vainqueur en dépit des multiples irrégularités  et notamment l’achat des consciences  par la plus vile des manières  même s’il semble que ces pratiques n’ont pas changé le cours général des élections. Elles n’ont pas manqué de laisser un goût amer auprès de tous les démocrates sincères, et mis un bémol à l’euphorie générale. Attendons les résultats définitifs et les recours en justice pour être édifiés. Toutefois, rendons hommage à notre peuple, qui a fait un «petit pas» en élisant les membres de la Constituante mais un «grand pas» pour la consécration de la démocratie dans le Monde arabe.

Quels sont les premiers enseignements que l’on peut tirer avant la proclamation des résultats définitifs ?

 

Premièrement : un accord de principe a été trouvé entre les partis Ennahdha, le Congrès pour la République et Ettakatol pour présenter une candidature unique celle de M. Mustapha Ben Jaâfar à la Présidence de la République, qui a toutes les chances d’aboutir vu le rapport des forces. Une plate-forme de gouvernement est actuellement à l’étude, toujours par ces mêmes partis pour former un gouvernement de transition qui serait en toute logique dirigé par un membre du parti majoritaire. Et M. Hamadi Jebali tient la corde. Le parti Ennahdha qui a choisi visiblement de jouer la victoire modeste voudrait que ce gouvernement «d’intérêt national»  soit le plus «ouvert» possible à tous les partis ou sensibilités qui le souhaitent et donc n’exigerait pas à priori de portefeuilles de Ministères de souveraineté ; il serait même prêt à reconduire un certain nombre de ministres de l’actuel gouvernement. Ce choix stratégique répond à un double impératif ; d’une part, continuer à rassurer de larges franges de l’opinion qui restent méfiantes à l’égard du mouvement,  en  donnant l’image d’un parti ouvert aux autres même à ceux qui ne partagent pas son projet de société et notamment Ettakatol. D’autre part face aux défis à relever dans l’urgence, notamment la réduction du chômage, le déséquilibre régional et la pauvreté induite, la faiblesse de la croissance économique due à l’absence d’investissements aussi bien locaux qu’étrangers, la situation catastrophique du tourisme et les menaces qui pèsent sur l’emploi pour ce secteur vital de l’économie, le climat d’insécurité… Ennahdha ne voudrait à aucun prix assumer seul un bilan qui ne serait pas à la hauteur des attentes de ceux qui lui ont fait confiance et payer ainsi un lourd tribu lors des prochaines élections dans un an. Car il est un fait que la majorité des citoyens qui ont voté le 23 octobre l’ont fait sur la base de programmes économiques et sociaux et non sur un projet de Constitution. C’est là le paradoxe de ces élections. Ceux qui s’apprêtent à faire coalition avec Ennahdha doivent tenir compte de ces éléments d’appréciation et préciser une feuille de route conforme à la réalité du pays, à la durée de leur mandat et aux difficultés de  la conjoncture internationale pour ne pas, eux non plus, décevoir leurs électeurs et avoir à le payer cash lors de la prochaine échéance électorale.

 

Deuxièment : Les  partis qui ont choisi d’être dans l’opposition, à l’instar du PDP ou du Pôle Démocratique Moderniste, doivent tirer les leçons de leur échec. Ils ont l’obligation de préparer dès maintenant les  prochaines échéances électorales en se présentant unis avec toutefois leurs différences spécifiques, dans le cadre d’un front commun. Ils doivent changer de comportement, de discours et de méthodes. Ranger les ego et mettre en avant l’intérêt général ; mais ce qui a le plus manqué à ces partis centristes et de gauche est certainement le travail de terrain. On ne gagne pas des élections en basant la campagne électorale principalement sur les meetings. Certes, le travail de terrain exige des moyens humains et matériels importants mais c’est la seule façon de faire entendre sa voix ; Ennahdha l’avait compris dès le 14 Janvier au soir, alors qu’un grand nombre d’intellectuels étaient engagés dans de vrais faux débats qui visiblement n’ont intéressé que le microcosme politique. Il faut savoir adapter son discours en fonction des préoccupations du citoyen, répondre à ses attentes, ne pas heurter sa  sensibilité ou ses croyances. Il faut surtout comme me l’a affirmé judicieusement mon amie Hélé Béji, ne pas se définir contre un projet en l’occurrence celui d’Ennahdha mais présenter  un vrai projet moderniste qui «vend» le rêve et l’espérance !et auquel s’identifiera la grande majorité des Tunisiens qui tout en étant attachés à leurs valeurs arabo-musulmanes, souhaitent vivre dans un pays libre et prospère, dans un climat apaisé. On ne peut pas exister par la négation de l’autre. La dictature d’où qu’elle vienne n’aura pas sa place dans la Tunisie libérée du joug de la mafia. En Démocratie, il faut accepter le choix du peuple, féliciter ceux qui ont recueilli ses suffrages et relever la tête pour préparer un autre projet fédérateur et ouvert à tous ceux qui désirent proposer une alternative au projet islamo-conservateur d’Ennahdha.

 

REALITES.COM: Le 23 octobre et après ?

 

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