TUNISIE, Elections: Développement régional, quelle stratégie faut-il adopter ?

La révolution salutaire du 14 Janvier 2011 a été provoquée en grande partie par les disparités socio-économiques profondes qui séparent les zones enclavées et défavorisées du Centre et du Sud-Ouest et les villes littorales prospères, avec des taux de chômage élevés et des populations pauvres exclues du processus de croissance économique et du progrès social.

Il est devenu impératif, avec l’émergence d’un régime démocratique, d’adopter une nouvelle vision de changer de modèle de société, de modèle de croissance pour réduire la pauvreté et le chômage, éviter l’exclusion et impulser une dynamique de développement régional. Un défi majeur pour la décennie qui vient, quelle stratégie adopter ? qui seront les acteurs ? quels instruments de financement ? Les Assises du développement régional, organisées par le ministère du Développement régional dans le cadre du mois de l’emploi, ont engendré un débat national autour de plusieurs thèmes et études présentés par des experts, ingénieurs et responsables.
Etudes faites par le pouvoir central et propositions présentées par les représentants des régions feront l’objet d’un livre blanc à paraître dans quelques jours ou semaines pour servir de base à une réforme structurelle et vitale pour la cohésion sociale de notre territoire national et l’avenir de la croissance économique dans notre pays.

Des régions enfermées dans la stagnation
Durant 4 à 5 décennies, des zones entières : Kasserine, Sidi Bou Zid, Siliana, Gafsa, Kairouan et le Kef sont restées enclavées, écartées de toutes sortes de flux de croissance économique, enfermées dans leurs vocations traditionnelles et condamnées à la stagnation économique, sinon à la régression sociale.
En effet, l’Etat a concentré durant toutes ces années ses investissements en infrastructures de base, l’implantation des projets économiques, l’intérêt porté au financement des projets économiques privés dans les grandes villes et les régions situées sur le littoral de Bizerte à Zarzis. Il faut dire que l’intérêt accordé au secteur touristique balnéaire a intensifié le déséquilibre entre le littoral et l’intérieur et il faudrait souligner le fait que l’importance de notre commerce extérieur favorise le développement des régions portuaires.

Redistribuer les fruits de la croissance
Lorsqu’il y a des disparités sociales flagrantes entre les différentes régions du pays et lorsqu’il y a des décalages graves entre les niveaux de vie et de revenus entre les différentes couches sociales avec des taux de chômage et de pauvreté très élevés, cela finit tôt ou tard par provoquer des déflagrations sinon une révolution ou à tout au moins des révoltes.
Le plus grave, c’est que parmi les plus riches, ceux qui disposent des revenus les plus élevés sont ceux qui paient le moins d’impôts. En effet les «fiscalistes» estiment l’évasion fiscale à 50% que ce soit grâce au régime forfaitaire ou à cause des sous-déclarations et fraudes fiscales. Alors que ces impôts perçus par l’Etat peuvent servir à créer des infrastructures, des projets et créer des emplois pour les chômeurs et lutter contre la pauvreté sous forme de transferts sociaux.

Impératif : création de 5 à 8 régions économiques de progrès
Il est devenu évident que le découpage administratif en 24 gouvernorats ne peut ni impulser la croissance économique ni le développement social : chiffre de population réduit, ressources naturelles limitées, superficie limitées, investissements et moyens de financement dérisoires, d’où la nécessité de concevoir de vastes régions économiques regroupant chacune plusieurs gouvernorats limitrophes complémentaires par leurs vocations économiques. Chaque région doit avoir une taille critique minimale pour ce qui est de la superficie et du nombre de la population, ainsi que des ressources pour recéler en elles-mêmes les ingrédients et les facteurs nécessaires pour impulser la croissance et promouvoir le développement.
Chaque région doit avoir accès au littoral avec un port et jouer le rôle de locomotive vis-à-vis des autres gouvernorats avec effet d’entraînement de l’un sur les autres.

Vers un nouveau modèle de société
La révolution a montré l’échec d’un modèle de croissance économique quantitative, focalisée sur le littoral et les grandes villes, négligeant les régions intérieures et sans redistribution des fruits de cette croissance sur les catégories démunies de la population.
Il s’agit de régions qui souffrent d’un taux de chômage élevé et de vastes zones de pauvreté qui n’ont pas bénéficié de l’aménagement de leur territoire : ni investissements publics dans les infrastructures ni projets économiques privés.
Il y a lieu maintenant de s’orienter vers un nouveau modèle de société qui privilégie la mise à niveau des régions défavorisées, réduit les disparités socio-économiques entre les régions et les écarts de niveau entre les classes sociales par une redistribution des fruits de la croissance.
La croissance économique ne doit plus être seulement quantitative mais aussi qualitative, répartie de façon équitable entre toutes les régions du pays en donnant sa chance à chaque région.
Elle doit se traduire par une stabilité sociale, une amélioration des revenus, une égalité des chances : accès à la santé, à l’éducation, à l’emploi, au logement décent.
Développement régional : une nouvelle vision
La croissance ne peut pas être imposée par le pouvoir central, parachutée ou plaquée sur une région, mais elle doit être assumée, voulue, choisie par les forces vives de la région.
Certes les études et analyses, les données statistiques et les alternatives restent du ressort des différents Ministères et du pouvoir central, mais les élus, les associations et la société civile dans les régions ont leur mot à dire pour ce qui est de l’avenir et des options à prendre pour le développement de leur région. C’est un débat à organiser sur la base de données objectives à partir desquelles doivent émerger des consensus.

Responsabiliser les régions: capacités et aspirations
Chaque région économique, une fois constituée, doit se prendre en charge, assumer son propre destin et prendre en main la responsabilité de son développement, certes avec l’aide de l’Etat, des cadres et services techniques spécialisés des différents ministères et institutions publiques, sur la base de ses capacités matérielles et humaines, en comptant sur l’existence sur place d’atouts naturels et culturels mais aussi en tenant compte des aspirations profondes des populations. Finalement le plan de développement national sera la résultante et la cohésion à introduire dans les plans de développement régionaux.

Mise en œuvre d’une gouvernance économique régional
Les conseils régionaux de développement qui doivent être élus démocratiquement doivent disposer d’un budget conséquent pour entreprendre la réalisation des projets socio-économiques inscrits dans leurs plans de développement et qui auront été minutieusement mis en point. Ils doivent faire preuve d’une bonne gouvernance faite de transparence financière dans leur gestion mais aussi disposer de compétences humaines et techniques éprouvées et assumer en parfaite coordination avec les autorités politiques, administratives et sécuritaires des gouverneurs et des délégués, la lourde responsabilité du développement de leur région.
Il y aura une cohérence et une harmonisation à opérer entre infrastructure et projets régionaux d’un part et grands projets à envergure nationale à réaliser par l’Etat d’autre part.

Nécessité d’un partenariat étroit public-privé
Le développement régional est une œuvre de longue haleine et un processus complexe qui impliquent des principes dont un des fondements est le partenariat public-privé, une sorte de règle du jeu. L’Etat doit financer et réaliser les infrastructures de base et accorder des incitations motivantes pour attirer les investisseurs privés susceptibles de lancer des projets économiques à caractère technologique et novateur pour créer des emplois destinés en bonne partie aux diplômés du supérieur au chômage.

La stratégie : l’aménagement du territoire.

Développement régional: Quelle stratégie faut-il adopter ?

 

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