TUNISIE, Elections: Ce que nos enfants ne nous pardonneront jamais !

Le risque de saper le processus révolutionnaire dénoncé par la jeunesse Tunisienne, autant que par les vrais amis du peuple Tunisien, se précise avec une préoccupante acuité ; et ce, à mesure que s’approche l’échéance de l’élection de l’assemblée constituante-dans une ambiance de démobilisation- et que se dévoile la volonté de certaine chancelleries occidentales, de maintenir la Tunisie dans le périmètre consacré aux ‘’bons élèves’’, moyennant quelques ‘’privilèges’’ (statut accordé par la CEE, ou promesses de prêt de la BM et du FMI) .

 

La scandaleuse collision observée entre l’oligarchie politico-financière, et une élite -formatée dans les écoles françaises ou anglo-saxonnes, aussi prétentieuse que stérile, et qui fut le support, voire le paravent dont la mafia continue à se servir, pour conserver les leviers du pouvoir.
Cette élite (à quelques rares exceptions), même quand elle apparaissait dans une posture d’opposition, s’est largement impliquée dans le processus de récupération du pouvoir, et d’exclusion de la jeunesse révolutionnaire.
Par delà la naïveté feinte ou réelle des uns, et les calculs sordides des autres, quels sont les enjeux réels et les leviers de la dynamique politique actuelle en Tunisie?
L’espace public a été inondé par des débats subalternes, enrobés dans une phraséologie révolutionnaire, et décliné en slogans creux (‘’modernité’’, liberté’’, ‘’égalité’’, ‘’démocratie’’…) que les apparatchiks de l’ancien régime n’ont pas manqué de reprendre à leur compte, allant jusqu’à soutenir (sans retenue) qu’ils étaient, eux aussi, victime de la persécution de Ben Ali (?!). En dépit des déclarations de non ingérence, les puissances impériales et leurs alliés n’ont cessé de multiplier les initiatives et les financement- plus ou moins occultes- pour ‘’accompagner’’ les Tunisiens dans la ‘’construction de la démocratie’, en nous indiquant le mode d’emploi, au nom d’une amitié qui, il y a si peu de temps, était accordée au mafieux et à ses sbires.
Le but déclaré et la portée de la révolution Tunisienne seraient ils réduits à la revendication de changement du système de gouvernance ?
La ‘’démocratie’’ servant de faire valoir aux uns et de leitmotiv aux autres, serait elle la finalité du processus révolutionnaires ?
La pauvreté du débat de fond -à quelque rares exceptions, peu médiatisées- a enfermer cette période préparatoire à l’élection de l’assemblée constituante, dans un jeu d’affrontement rééditant les mêmes lignes de démarcation installé par Ben ali et ses maitres: pour ou contre les islamistes ; ce qui a largement contribuer à stériliser la réflexion, enfermant la dynamique d’innovation et de renouvellement de la société, à un clivage laïques/islamiste, qui ne fait que le jeu de ceux qui cherchent à excentrer les vrais débat d’avenir, et installer une confusion sur les vrais ennemis de la révolution.
Lesquels ennemis, n’ont pas manqué de rééditer leur discours, en surfant sur cette vague pour contracter des alliances à peine voilées, avec des formations politiques, jadis opposés à Ben Ali; cette ex-opposition n’a eu aucun scrupule à faire le jeu de l’ancien régime, avec une sordide avidité pour les lumières et le pouvoir, au mépris de l’extraordinaire opportunité historique offerte au pays, au prix de tant de souffrances.
Dans le même temps un nombre important de ceux qui ont libéré leurs langues – autrefois silencieuses – n’ont cessé d’investir les médias, dont la chaine Nesma (appartenant à un trio édifiant : Berlusconi, T Ben Ammar et les Karoui), qui a vu le jour avec la bénédiction de Ben Ali, et qui ne s’encombre d’aucun scrupule pour alimenter les débats subalternes et partisans, se faisant le relai de la propagande publicitaire, et appuyant sans retenue, certaines formations politiques néolibérales .
La fenêtre historique exceptionnelle offerte aux tunisiens, ne peut se réduire à la réalisation d’un simple toilettage du pouvoir politique, et de la tenue d’élection ‘’démocratique’’, comme le souhaiteraient les opportunistes, et certaines chancelleries occidentales ou orientales. Cette ambition minimaliste, adoptée par cette élite intellectuelle incapable de penser un projet d’avenir, témoigne de son acharnement à préserver le statut de référent, alors même que la révolution Tunisienne a instauré une réalité inédite : elle n’obéit à aucun leadership idéologique ou politique, et elle se réclame ouvertement d’une volonté de se libérer de tout type d’allégeance.
Par la lucidité de ses mots d’ordre, autant que par sa capacité à saisir les vrais enjeux nationaux et internationaux, la jeunesse révolutionnaire issue des régions déshéritée, s’est révélée être la vraie élite, porteuse d’un vrai projet de société.
Ce projet n’entend pas uniquement se débarrasser des structures politiques dictatoriales, mais entend se libérer de toutes formes d’hégémonies ou d’aliénation culturelle, économique ou politique ; et c’est elle qu’on s’obstine à exclure ou à récupérer, systématiquement.
Cette jeunesse révolutionnaire est porteuse de revendications et d’un élan, qui débordent largement le cadre de notre modeste pays, pour s’inscrire dans une dimension universelle, en réponse à la crise civilisationelle à laquelle le monde, est aujourd’hui confronté.
La situation observée depuis la fuite de Ben Ali, s’apparente à une étrange mise en scène : des personnalités sans aucun lien avec la révolution, se trouvent au devant de la scène publique, ou controlant tous les leviers de commande de l’Etat, sans aucun contre poids ; la haute instance de ‘’préservation de la révolution’’ a été confiée par les proches de Ben Ali à Yadh Ben Achour, dont la neutralité politique est loin d’être acquise, et le fait d’être bien vu par Paris et l’oligarchie locale sujet de suspicion de la part des forces révolutionnaires .La stratégie concoctée par les puissances impériales et exécutée par un réseau de valets en col blancs n’échappe à personne : empêcher l’émergence d’un modèle de société alternatif menaçant la légitimité du modèle démocratique néolibéral dominant ; Outre quelques avantages économiques(non négligeables) la position géostratégique de la Tunisie est au cœur des préoccupations des puissances hégémoniques : elle a été du temps de Ben Ali, exhibée comme modèle exemplaire, servant à drainer les choix économiques du monde arabe et Africain.
Cette stratégie visant à verrouiller tout risque menaçant l’ordre et les privilèges établis s’est initialement matérialisée par une offensive implacable contre la jeunesse révolutionnaire ; empêcher, coûte que coûte, la tenue du 3eme sit-in de la Kasbah.
Elle s’est illustrée par une répression digne de la dictature de Ben Ali, et sous tendue par une propagande, agitant l’épouvantail du risque de « vide politique » relayée par une large frange de l’élite.
L’objectif étant de saper l’élan révolutionnaire et morceler le mouvement populaire , en prenant soin de susciter des mouvement de revendications salariales, afin de créer un climat de flottement et de crise, menaçant la stabilité du pays ; dans le même temps on assiste à une série d’événements critiques, dont la concordances ne laisse place à aucun doute sur leur caractère planifié (fuites concomitantes de prisonniers à la suite d’incendies survenant dans plusieurs prisons du pays ; actes de vandalismes ; laxisme bienveillant face à la délinquance financée par les récalcitrants du RCD ; conflits tribaux suscités dans les zones rurales…)
Le deuxième axe de la stratégie, mis en place avec l’appui ‘’technique’’ d’experts occidentaux, s’est matérialisé par l’élaboration du code électoral, que Yadh Ben Achour a réussi à faire adopter par une assemblée, dont la constitution (élaborée dans les coulisses de l’ancien régime), autant que la composition, laisse l’observateur pour le moins dubitatif. Cette instance, autoproclamée préservatrice des acquis de la révolution, relève plutôt d’un patchwork où cohabite quelques authentiques patriotes -en guise de faire valoir- au milieu d’une foule de « personnalités » dont la légitimité est plus que discutable, et dont le nombre offrait une confortable marge de manœuvre à son président désigné ainsi qu’à son comité d’experts, dans la réalisation des manœuvres politiques, sous couvert de pseudo votes, dont le ridicule n’a pas manqué d’être relevé par un blogueur qui l’a qualifié « de croyant non pratiquant » en écho à sa déclaration sur une radio française « ma religion est la démocratie »(sic !) ; Ce mode électoral imposé( scrutin majoritaire à un tour sur la base de la représentation proportionnelle et aux plus forts restes ) vise un double objectif : d’une part réduire le poids réel du parti Ennahdha (crédité d’au moins 30 pour cent des intentions de vote, et qui suscite l’effroi de Paris et de leur protégés à Tunis ), et d’autre part, saper l’expression de la volonté populaire, en la soumettant au prisme des partis, qu’on a pris soin de multiplier ; favorisant le déploiement de tous les anciens et nouveaux opportunistes drapés de nouvelles bannières, disposant de financements plus ou moins occultes, qui n’ont pas manqué de polluer le paysage politique, aggravant son illisibilité pour le citoyen.
Cette cacophonie organisée, offrait une plus grande latitude à la police politique (revigorée grâce à l’appui et la protection du gouvernement provisoire) d’engager des opérations de ratissage ciblant les jeunes révolutionnaires les plus actifs, pour les soumettre à l’intimidation, voire la torture, ou à l‘enrôlement forcé dans l’armée.
Le troisième axe de la stratégie fut de multiplier les contrats (non dévoilés au public et dès le début de la période transitoire), avec des firmes étrangères bénéficiant d’avantages prohibitifs, pour plomber toute velléité de se libérer de l’emprise des groupes financiers qui dominent le monde, et poursuivre la dilapidation des biens nationaux.
Par ailleurs, le gouvernement provisoire s’est dépêché de répondre à l’offre d’endettement en présentant un programme de développement( élaboré hâtivement) qui se place dans la continuité des choix de l’ancien régime (dont une partie a été déjà contracté) et ce, au mépris de la volonté populaire et de toutes les forces patriotiques ; cet empressement surprend d’autant plus qu’il intervient à quelques semaine de la formation du futur gouvernement issue des urnes, et sensée définir le projet de développement du pays, et donc, ses besoins en financement.
Préalablement, et alors que le pays faisait face à des besoins urgents, le gouvernement provisoire décide, avec un reflexe pavlovien, d’honorer une échéance de remboursement d’une dette dans des conditions historiques révolutionnaire, qu’un gouvernement de transition digne de ce nom n’aurait jamais consenti ; il en aurait exiger pour le moins le report et le réexamen, pour des considérations difficilement contestables ; ceci, sans s’attarder sur la mollesse avec laquelle le gouvernement provisoire s’est atteler à la tâche de rapatrier les biens spoliés par les mafieux aux pouvoir, ou réduire l’impunité dont continuent à bénéficier plusieurs criminels, dans la sphère politique ou économique.
Au même moment qu’on peaufinait les tractations pour une poursuite des prolongations du gouvernement provisoire, une tentative de faire admettre un referendum concocté par le staff de Kaied Essebsi en synergie avec Yadh ben Achour et tentaient une dernière manœuvre visant à limiter, par voie de referendum, les prérogatives de l’AC.
Comble du ridicule ; voilà des illégitimes qui désirent exercer leur autorité sur une assemblée élue et souveraine ?!!
La tentative d’obtenir l’adhésion des principaux partis en lisse à cette sournoise manœuvre, s’est soldé par une vive opposition, les obligeant à se rétracter, devant les risques de discrédit et de remobilisation de la rue.
L’objet de ce rappel des manœuvres visant la récupération et la domestication du mouvement révolutionnaire en Tunisie (comme ailleurs en Egypte ou en Lybie) ne vise qu’à mettre en perspective les données que chaque citoyen doit garder à l’esprit, pour faire face aux défis qui menacent notre avenir commun.
Malgré la bonne volonté et l’honnêteté incontestable de Mr Kamel Jendoubi(qui préside la commission électorale), nous assistons à une authentique mascarade à laquelle participent tous les partis à quelques rares exception, avec un déploiement éhonté d’une campagne dominée par un show d’une formation politique à peine née(l’upl) menée par d’illustres inconnues affairistes, liées à des parties occultes, sans que le gouvernement ne bouge un doigt pour stigmatiser ou sanctionner ces pratiques scandaleuses.
Mais, in fine, ces opportuniste ne jouent ils pas le jeu de la ‘’démocratie’’ qui demeure dans les pays référents en la matière, dominée par l’argent et ceux qui le détiennent ?
Face à ces vils manouvres, et à la dérive mercantile du processus électorale ; face à cette atomisation du paysage politique, et au monopole quasi exclusif du paysage médiatique par l’oligarchie locale – qui assure son emprise totale sur le gouvernement Caied Essebsi – quelle marge de manœuvre reste t il, pour porter à son terme le processus révolutionnaire ?
Certes, les initiatives de résistance citoyennes s’observe ici et là, mais force est de constater qu’elles demeurent dispersés, quant elles ne sont pas pollués par des égos, ou des narcissismes irrecevables.
Cette révolution- par delà ses spécificités-, n’est elle pas censé réaliser une rupture totale avec le régime néocolonial dictatorial, et mettre en œuvre le projet de société susceptible de générer un nouveau mode de gouvernance et un système économique et politique innovant, dont la portée pourrait être universelle ?
Cette modernité, tant vantée (jusqu’à figurer dans les slogans de bon nombre de parti, avec une réédition du suivisme aveugle), n’a elle pas réduit l’être humain à un simple animal consommateur, jusqu’à l’intégrer au marché, au titre de marchandise ?
N’a-t-elle pas détruit l’environnement, au mépris de l’ensemble de la communauté humaine ?
Cette civilisation moderne n’a-t-elle pas réduit les réserves de la planète, en les spoliant avec une intensité inégalée, au nom du Dieu argent et du Sacro-saint profit ?
Rien ne peut permettre à ses misérables de triompher d’un peuple, quelles que soient leurs appuis, si ce n’est l’abandon du destin de nos enfants, entre leurs mains.
J’avais eu l’occasion de faire observer qu’aucune dictature ne pouvait se maintenir sans la complicité de l’élite !
C’est pourquoi j’ai, depuis longtemps, défendu l’idée que l’ère des droits de l’homme était révolue ; il faudrait lui substituer le paradigme de la prééminence des devoirs humains sur les droits, comme garant de la dignité et de la destinée d’être humain.
La révolution Tunisienne, en atteste : ce n’est pas en réclamant ses droits auprès d’instances nationales ou internationales que le peuple Tunisien à pu briser ses chaines; c’est en assumant son devoir de s’élever contre l‘avilissement et la dictature, que sa volonté s’est imposée.
La posture de la réclamation des droits, est une posture qui place le citoyen en tant que subalterne du pouvoir, avec ce concept sournois de ‘’société civile’’.
La posture du devoir, place le citoyen en tant qu’acteur maitre de son destin ; et le pouvoir, dans sa position légitime, d’exécutant de la volonté populaire.
Les devoirs conditionnent la pérennité des droits ; l’inverse est un non sens historique (la question palestinienne en est un retentissant témoignage) Le garant de la liberté et de la dignité du citoyen, ne peut être assuré par une institution quelle qu’elle soit, mais procède de la responsabilité directe de chacun; à la condition qu’il soit doté d’une culture et d’une éducation, que la société se doit de transmettre à tout citoyen, pour qu’il se sente investi des devoirs humains, particulièrement celui qui lui impose de s’élever contre toute forme d’ injustice ou de tyrannie, d’où qu’elle émane!Il s’agit d’un défi qui impose la refonte de tout le système éducatif, culturel et médiatique qui doit être à la base du projet de société, que la future constituante devrait consacrer. Cela nécessitera un débat de fond, et un temps pour sa concrétisation.
Mais, pour ce faire, il est impératif d’envisager La prochaine échéance électorale comme seule voie pacifique de rétablissement de la souveraineté du peuple, qui demeure spoliée ; malgré toutes les manœuvres et les handicaps soigneusement orchestrés, les tunisien sont en mesure d’imposer, par leur mobilisation impérative, l’émergence d’une assemblée constituante composée, en majorité, d’authentiques patriotes représentatifs de la diversité du pays, en faisant barrage par les urnes, aux opportunistes de tous poils, ou aux multiples représentants déguisés de l’ancien régime.
Chacun de nous est responsable, voire coupable- à quelques degré que ce soit- de ce qui est advenu dans notre pays, et de ce qui en adviendra.

 

Voir aussi: Chroniques – Où allons-nous ?

 

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