TUNISIE, Elections: le futur de la démocratie se joue ici

Ce dimanche 23 octobre est un grand jour pour les Tunisiens ; Ils devront élire une assemblée Constituante, la première institution démocratique née après la révolution ; c’est également les premières élections libres qu’ils vont connaître depuis l’indépendance, toutes celles qu’ils ont connues ont été truquées pour favoriser le parti au pouvoir.

Ce premier rendez-vous avec la démocratie n’est pas une promenade et comporte de nombreuses embuches qui rendent le parcours laborieux. Et d’abord la multitude des listes présentées – 1 522, avec plus de 10 000 candidats – qui brouille les images et multiplie la difficulté pour les électeurs de faire un choix, d’autant que les programmes sont assez similaires. Si le parti Ennahdha, donné favori, est celui qui bénéficie de l’image la plus claire et son électorat est quasiment déjà rangé ; d’autres partis comme le PDP  a changé tant de fois de profil politique, allant du socialisme progressiste pour finalement se positionner  dans l’ultraliberalisme, qu’il a perdu beaucoup de son électorat potentiel. Sans parler des nouveaux venus dont personne n’est capable de retenir le nom.

L’autre grand défi est celui posé par les réseaux de la contre-révolution, formés par tous ceux que cette révolution a tenté de balayer ;à commencer par la police secrète, les résidus du RCD (l’ancien parti au pouvoir) ainsi que les hommes d’affaires impliqués dans la corruption et qui ont peur d’avoir à rendre compte de leurs crimes si la démocratie s’installe. Ces réseaux ont tout fait pour semer la panique par des rumeurs intoxiquant la population sur d’éventuels conflits armés qui se dérouleraient le jour des élections et faisant sombrer le pays dans l’anarchie et la violence. Le mot d’ordre étant « restez chez vous et stockez des aliments pour quelques temps » ; si peu de crédit a été accordé à ces menaces de violences, la ruée vers les supermarchés a été bien réelle dans certaines villes, provoquant une pénurie de produits de première nécessité, ce qui permet de mesurer la force de nuisance de ces réseaux.

Le dernier défi et non des moindres, est celui de la fraude qui risque d’être pratiquée lors de l’opération de dépouillement, malgré toute la vigilance de ceux qui veillent au bon déroulement de ces élections au niveau del’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) ainsi que des nombreuses missions d’observation tant domestiques qu’internationales. Certains vieux routiers du RCD ont réussi à s’infiltrer dans ces instances qui ont pour rôle de contrôler l’opération de vote.

D’un autre côté, ces élections du 23 octobre dont les résultats définitifs ne seront pas proclamés avant la première semaine de novembre (le tribunal administratif devra se prononcer sur les litiges électoraux) vont être un vrai test pour vérifier la capacité de cette classe politique à innover et répondre à la demande de réformes, loin des sentiers battus et des réflexes autocratiques et surtout à accepter la sanction des urnes.

S’il est vrai que la capacité du parti islamiste Ennahdha à s’intégrer dans le jeu démocratique et à jouer le jeu honnêtement va peser sur la balance de la future assemblée constituante qui devra dessiner le nouveau visage politique de la Tunisie, le danger d’une islamisation de la société tunisienne n’existe que dans la tête de certains think tanks occidentaux qui regardent l’évolution de nos sociétés avec les lunettes de leurs préjugés ataviques.

Ceux là n’ont pas encore intégré le fait que la demande populaire de démocratie est forte et sans appel et pèsera lourdement sur le prochain parlement quelle que soit sa composition; cette jeunesse qui a fait la révolution est loin d’être sans programme ou sans vision ; les mots d’ordres qui animent les manifestations et les sit-in depuis le 14 janvier en disent long sur la lucidité de cette jeunesse qui ne cesse de remettre sur le tapis les 3 grands chantiers des réformes urgentes, Justice (avec son volet social), police, médias.

Ils ont aussi conscience que la résistance au changement est prévisible. On a rarement vu des transitions où les forces anciennes lâchent le pouvoir en fair play ; et le passage de la dictature à la démocratie n’est pas une promenade sur un chemin balisé ; le legs de l’ancien régime est lourd et les choix politiques faits par le gouvernement provisoire n’ont pas été à la hauteur des défis. C’est pourquoi les premiers dossiers que le nouveau parlement élu va trouver sur la table auront un lien direct avec la nécessité d’en découdre avec cet héritage du passé et notamment l’agenda de la justice transitionnelle.

Une chose est sûre, la majorité des Tunisiens sont confiants, quelles que soient les menaces qui pèsent sur le processus électoral, la volonté de réussir est si forte que ces aléas n’auront pas un impact substantiel sur le résultat.

Les Tunisiens ont une conscience claire du poids de leur responsabilité sur le devenir démocratique de la région ; ils savent que le monde entier a les yeux rivés sur eux ; leur réussite comme leur échec aura un impact certain sur le monde arabe ; le renouveau démocratique du monde arabe se joue ici.

Radio Kalima: Elections tunisiennes : le futur de la démocratie se joue ici

Voir aussi: Les partis veulent-ils protéger les droits humains ?

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