MAURITANIE. Quand Azigzag: Le Président dans les mirages de la Libye

Selon des sources sécuritaires à proximité du Conseil national de transition (Cnt) libyen, l’instance provisoire soupçonne le Président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz d’avoir reçu, es-qualité, une valise de quelques millions de dollars US, de Saleh Bechir, le Directeur de Cabinet de Mouammar Kadhafi, lors de sa dernière visite à Nouakchott, le mercredi 10 août 2011. Arrivé dans la capitale, le même jour en provenance de Ndjamena où il assistait à l’investiture du Président Idriss Deby Itno, l’homme de confiance du Guide effectuait, à bord de son avion spécial, une escale de quelques heures, à Bamako, avant de regagner Nouakchott.

Sur la teneur de l’entretien, aucun témoignage fiable ne permet, encore, de dépasser la conjecture.

La source évoque une « trahison » de Ould Abdel Aziz, à l’égard du Cnt auquel il promettait, alors, de faire pencher la balance de l’Union africaine en faveur de la nécessaire éviction de Kadhafi, comme préalable à tout cessez-le-feu. Cette ligne est adoptée par la rébellion, qui la signifiera, avec force, au groupe des médiateurs, pendant leur séjour bref à Benghazi, les 10 et 11 avril. A ce moment-là – insiste notre interlocuteur – Ould Abdel Aziz venait de prendre l’engagement, encore secret, de soutenir le Cnt, sans rien en laisser paraître, auprès de ses pairs du Panel des Chefs d’Etat qu’il préside. Tout se déroule selon le pacte, en sourdine d’abord mais pour longtemps.

Le 8 juin, Ould Abdel Aziz rompt l’alliance avec le Guide, le déclare désormais inapte à diriger et souhaite son retrait de tout exercice du pouvoir. La tendance va s’accélérer, les semaines suivantes. Au terme de la dernière audience accordée, le 2 août, par Mohamed Ould Abdel Aziz, aux émissaires de la révolution venus de Benghazi, leur porte-parole déclarait, devant la presse, à Nouakchott : « Nous sommes venus en Mauritanie pour la remercier de sa position louable déclarée par son Excellence le Président, à savoir que Kadhafi ne convient pas et qu’il doit quitter la Libye ».

Durant l’entretien, le Président Ould Abdel Aziz serait allé même jusqu’à suggérer, à ses hôtes du Cnt, de réclamer, aux Alliés, l’intensification des bombardements afin de précipiter l’effondrement du régime et propulser l’alternance au point de non-retour.

Or, sur le théâtre des opérations, la bataille s’enlise; l’avancée des maquisards butte sur une forte résistance des troupes loyalistes ; Kadhafi et son clan tiennent des villes importantes et y réduisent toute velléité de contestation dans le sang. Malgré les frappes aériennes de l’Organisation du traité atlantique nord (Otan), la victoire de la révolution semble suspendue à une hésitation du sort. Il n’en fallait davantage pour que la position de la Mauritanie évoluât en sens inverse, très tôt, le 6 août, soit quatre jours après les assurances du Président Ould Abdel Aziz au Cnt.

L’unique chaîne de télévision (Tvm) commémorait alors, par une soirée d’échanges entre le public et lui, le 3ème anniversaire de son putsch du 6 août 2008; au détour d’une question sur la crise, le chef de l’Etat mauritanien recule, à la stupéfaction générale ; il dit ne pas vouloir se substituer au peuple libyen et exclut de reconnaitre l’organe dirigeant de la rébellion.

Encore une fois, le destin vient contrarier l’acrobatie mauritanienne en Libye. Le 20 août, les volontaires armés de la révolution arrivent aux portes de Tripoli, qu’ils investissent, en quelques heures, presque sans résistance du fameux peuple du Livre vert. Le Guide et les siens s’égarent sur les raccourcis sinueux de la clandestinité et Mohamed Ould Abdel Aziz se retrouve seul, avec un gros dilemme sur les bras : lui qui lâchait son allié et bienfaiteur Kadhafi, parvient  aussi à décevoir le Cnt et risque de perdre, sur toute la ligne. A cet instant où l’homme politique rencontre l’inspiration et saisit le sens de l’histoire, la Realpolitik commandait de s’inscrire discrètement parmi les pays qui cautionnaient, un à un, une authentique révolte de  la rue dont la répression, féroce, la muait en sédition de légitime défense.

La confidence des proches du Cnt incline, ici, à l’accusation de recel: au moment de la remise de fonds, le 2 août, par Saleh Bechir, la Mauritanie prenait, en dépôt, une grosse part de l’or et des devises de la famille Kadhafi d’où la motivation des errements diplomatiques de Nouakchott, entre opportunisme et vénalité.

Comme de bien entendu, il offusquerait le bon sens que ce bien mal acquis regarnisse, un jour, les poches des anciens seigneurs de la Jamahiriya, aujourd’hui fugitifs. Le mauritaniens a toujours su détrousser le libyen ; une certaine banque l’avait appris, trop tard, banqueroute oblige, au lendemain du trépas simultané, spontané et attesté de centaines de ses créanciers. L’histoire bégaie mais de manière inaudible par les gens pressés.

Alors, le 2 septembre, à l’ouverture de la Conférence des amis de la Libye, à Paris, le Président Ould Abdel Aziz souriait et serrait des mains. La page, froissée certes par des doigts épiciers, se tournait, doucement.

Initi.net: Quand Azigzag: Le Président mauritanien dans les mirages de la Libye

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